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Quels sont les enjeux des nouvelles relations Afrique-France?

Conférence – Débat

8 novembre 2016, 18h30-20h

Hôtel de l’Industrie, 4 Place Saint-Germain-des-Prés, Paris 6°

 

I. Contexte

En janvier prochain, le 27ème Sommet Afrique-France se tiendra à Bamako sur le thème «Pour le partenariat, la paix et l’émergence». En marge du Sommet des Chefs d’État seront organisés le Forum économique franco-africain et le Forum sur l’Entrepreneuriat des jeunes. Seront abordées à ces occasions un ensemble de questions de premier ordre, tant pour l’Afrique que pour la France. Il s’agit bel et bien d’un rendez-vous diplomatique majeur. En effet, adulées par certains, décriées par beaucoup, les relations entre la France et l’Afrique ont fait couler beaucoup d’encre et même suscité beaucoup d’émotions durant ces dernières décennies.

Ce 27ème Sommet se présente donc comme un tournant important dans cette reconfiguration des relations entre la France et les États africains. Il invite également à des réflexions profondes sur l’avenir de ces relations, qui semblent être à la croisée des chemins. Conscients des flux et des reflux qui imposent de les appréhender dans leur ensemble, nous avons souhaité, au sein d’Afrikamaono, organiser un panel de haut niveau afin d’en situer les différents enjeux.

La France, qui a colonisé une grande partie du continent africain, y entretient depuis des relations soutenues et privilégiées. Aujourd’hui néanmoins, la mondialisation a introduit dans le jeu des acteurs d’autres puissances telles que les Etats-Unis, la Chine, le Japon, l’Inde ou encore le Canada, qui se positionnent sur le continent notamment la zone francophone, zone d’intervention de prédilection de la France. De sorte que certains observateurs des relations afro-françaises n’hésitent pas à parler d’affaiblissement de la

France en Afrique. La France, de son côté, engage des actions d’extension et de consolidation de ses relations avec l’Afrique tout entière. Cette situation soulève plusieurs questions. Les relations privilégiées entre l’Afrique et la France ont-elles atteint leur limite ? La France se désengage-t-elle réellement en Afrique ? L’Afrique n’est-elle pas en train de se construire un nouveau destin sans la France ? La France et l’Afrique, compte tenu de leurs liens historiques, peuvent-elles entrevoir un avenir ensemble et à quelles conditions ? Les réponses à ces questions peuvent être envisagées sur les plans politique et diplomatique, au niveau de la coopération militaire ainsi que dans la sphère économique.

1. Rapports diplomatiques et politiques

Aux niveaux diplomatique et politique, il existe un lien fort et historique entre la France et les responsables politiques africains. Ainsi, les premiers dirigeants africains (Félix Houphouët BOIGNY, Léopold Sédar SENGHOR, Lamine GUEYE), qui ont fait leurs classes dans les écoles et universités ou dans les milieux politiques français, ont tissé des liens très étroits avec ce pays où se sont enrichis leur parcours intellectuel, leurs réseaux, où ont pu s’affirmer leurs idéaux. De sorte qu’ils ont été plus enclins, leurs responsabilités nationales prises en mains, à continuer à se tourner vers la France. Cette situation a permis que se consolide l’influence politique et diplomatique de la France dans certains pays africains, pendant longtemps. Mais de plus en plus, cette influence tend à s’effriter avec le regain d’intérêt pour l’Afrique des États-Unis, des pays émergents (BRICS) et de bien d’autres puissances occidentales et du Sud. Ce que certains observateurs ont qualifié de pré-carré français en Afrique aurait vécu. Toutefois, la présence française demeure forte et la France continue à jouer un rôle majeur dans la résolution des crises politiques sur le continent. Pour preuve : la crise politique ivoirienne, la transition politique en Tunisie, en Egypte, au Burkina Faso, le processus de paix au Mali et en Centrafrique, enfin dans le processus électoral au Gabon. La présence française en Afrique déborde le seul espace francophone pour s’étendre à d’autres zones, notamment au Nigéria ou en Libye.

2. Coopération militaire

Avec les crises militaro-politiques en Côte d’Ivoire, au Mali, en Centrafrique et en Libye, la France a accentué son intervention en Afrique. Alors que l’on s’attendait à un recul de la présence militaire en Afrique comme annoncé dans le Livre Blanc Défense et Sécurité nationale de 2008, les nouveaux enjeux sécuritaires découlant en premier lieu du terrorisme ont réhabilité l’interventionnisme militaire français sur le continent. Les opérations Licorne, Serval et Sangaris respectivement en Côte d’Ivoire, au Mali et en Centrafrique, ont réactualisé les interventions unilatérales françaises en Afrique. Le nouveau livre blanc de 2013 n’a pas changé fondamentalement la doctrine militaire de la France en Afrique. La France reste en premier plan dans la zone sahélo-sahélienne pour lutter contre le terrorisme avec l’opération Barkhane.

Cet interventionnisme soulève de vives critiques aussi bien dans les milieux intellectuels africains qu’occidentaux. Certains y voient du néocolonialisme, quand d’autres l’analysent comme une atteinte à la souveraineté des États africains. Malgré ces critiques, aucun des accords de défense, conclus au lendemain des indépendances, n’a été rompu. Mieux, certains dirigeants africains souhaitent les renforcer pour palier la faiblesse des dispositifs militaires de ces États à faire face aux nouveaux enjeux sécuritaires.

3. Relations économiques

Premier partenaire commercial des États africains francophones et de bien d’autres États dont le Nigéria et la Guinée équatoriale, la France connaît aujourd’hui un recul de son influence économique en Afrique. Les partenaires commerciaux africains se sont désormais diversifiés et, comme l’a souligné le Président ivoirien Alassane Ouattara, les accords de privilège laissent place désormais à des appels d’offres. Ainsi, la part de marché des entreprises françaises en Afrique s’est considérablement réduite durant la dernière décennie, passant de 11 % à 5,5 %. En Côte d’Ivoire, par exemple, les parts de marché de la France sont passées de 20 % en 2000 à près de 11 % en 2015.

Cependant, il convient de noter que cette régression française recouvre une réalité plus nuancée. Le chiffre d’affaires nominal des entreprises françaises n’a pas réellement reculé. Par ailleurs, d’après certains observateurs, la coopération monétaire à travers le Franc CFA permet à la France de tenir le bon bout malgré les critiques faites à cette monnaie. Les entreprises françaises se sont aussi lancées dans une reconquête du marché africain. En témoigne le positionnement du MEDEF, particulièrement en Côte d’Ivoire, au Nigéria, en Guinée et au Sénégal.

II. Objectifs

Ce panel vise à réunir des personnalités de haut niveau ayant une connaissance pertinente des relations entre l’Afrique et la France, afin d’évaluer cette coopération nord-sud et scruter son avenir. Il s’agira donc de :

- Revisiter l’évolution des relations entre la France et l’Afrique ;

- Analyser les incidences des mutations récentes du monde sur les relations franco-africaines ;

- Proposer des pistes quant à l’avenir des relations franco-africaines.

III. Résultats attendus

- L’évolution des relations entre la France et l’Afrique est retracée ;

- Les incidences des mutations récentes du monde sur les relations franco-africaines sont mises en exergue ;

- L’avenir des relations franco-africaines est bien appréhendé ;

- Quelques actions pour la redynamisation rapide des relations sont préconisées.

IV. Méthodologie

Ce panel de haut niveau s’articulera autour de communications des panélistes principaux, à savoir :

Panélistes Propositions de thèmes
Jean-Marc SIMON, Directeur de cabinet des ministres de la Coopération (1993-1996).
  • Ambassadeur de la France en République centrafricaine (1996)
  • Ambassadeur au Nigéria(2001-2003)
  • Représentant permanent auprès de la CEDEAO (2003)
  • Ambassadeur de la France auprès de la République gabonaise,
  • Ambassadeur en Côte d’Ivoire 2009-2011
  1. L’Afrique est-elle sur le point d’échapper à la France ?
  2. Quelles politiques pour renforcer les relations entre la France et l’Afrique ?
Antoine Glaser
  • journaliste et écrivain français fondateur
  • rédacteur en chef de La Lettre du Continent jusqu’en 2010
  • auteur de plusieurs ouvrages sur l’Afrique
  1. Les africains s’émancipent-ils de la France ?
  2. Dans le nouveau contexte mondial, comment la France peut-elle assurer une présence en Afrique ?
  3. Pourquoi et comment les Français font- ils preuve d’arrogance sur le sol africain ?
Kako NUBUKPO
  • ancien ministre de la Prospective et de l’Evaluation des politiques publiques
  • économiste et ancien Chef de service au siège régional de la BCEAO à Dakar entre 2000 et 2003
  1. Le Franc CFA est-il un handicap au développement économique des pays africains membres ?
  2. Quel avenir économique entre la France et l’Afrique ?
Étienne GIROS
  • Président délégué du Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN) depuis 2014
  1. Les entreprises françaises en perte de vitesse en Afrique : intox ou réalité ?

S’ensuivra un débat avec le public, débat qui est une composante majeure du compte rendu de nos travaux ainsi que des solutions que nous préconiserons, en vue de les porter, en janvier 2017, au Sommet de Bamako.